L’artisan aime le travail bien fait

Le forgeron, tout en rangeant sa forge pense, voix haute, à ce petit bonhomme : «  Quelle prétention à cet individu. Il y aurait  des Pie-Pie-Van-Van dans le secteur ? Il en avait entendu parler mais c’est de la légende de chez nous. Bon en même temps il ne pouvait pas nier que plusieurs gars du village avaient disparus. Les commères disaient qu’ils avaient quittés famille pour femmes des villes mais tout de même pour Jacob il avait 82 ans ! Non rien ne se tenait dans ce qu’avait dit ce maudit petit bonhomme et 4 écus ! Pourquoi pas la dote de ma fille ! Cette nuit j’attraperai ces maudits voleurs, croix de bois, croix de soufflet, je ne mens pas et je n’irai pas en enfer ! »

Le chasseur de monstres se dirige vers l’auberge. Il cueille des noisettes. Il  chantonne, il est de bonne humeur. Il voit déjà les 4 écus dans sa besace. Il va attraper des Pie-Pie-Van-Van. Il les adore. Il est important de vous préciser que notre chasseur connait cette race de perturbateur. Il les a longuement étudié et sans vouloir se vanter son grand-père en était le spécialiste. Il les connait sur le bout de sa culture. Les Pie-Pie-Van-Van vivent dans la vallée, tout prêt de l’eau. Ils adorent la Meuse car très profonde. Ils attaquent en bande. Seul, le Pie-Pie-Van-Van n’est pas courageux même un peu piteux, comme le sont les bandes qui agressent une personne sans défense. Mais ça c’est une autre histoire…

Le Pie-Pie-Van-Van est magnifique de cruauté. Pour passer son temps il aime attraper des voyageurs, des vieux, de belles jeunes filles. Il faut vous dire qu’ils en sont jaloux et jalouses des belles demoiselles. La femelle Pie-Pie-Van-Van a le visage ingrat pour ne pas écrire atrocement laid. C’est une vraie carne (mauvaise femme). Deux choses passionnent cette chipie : les ragots et les chaussures. Les Pie-Pie-Van-Van ont de grosses dauilles (orteil de pied), c’est leur signe extérieur de beauté, enfin si je peux l’écrire ainsi. Leurs chaussures sont exclusivement en peau de sanglier. Ils chassent jour et nuit afin d’attraper le sanglier, le rare, le solitaire. Ce vieux mammifère à la peau dure, ce qui donne des semelles, non de vent, mais bien coriaces. Le Pie-Pie-Van-Van doit pêcher tous les jours. Oh il n’aime pas le poisson mais la pêche lui apprend la patience. Le temps qui passe sans voir personne à noyer peut être long, patience, patience et la récompense viendra… Et puis faire souffrir un poisson dès le matin venu est le présage d’une belle journée. Il y a autre chose de bien marqué chez cet individu : son haleine de poussin crevé ! D’ailleurs les Pie-Pie-Van-Van ne se marient d’entre eux. Il nous serait impossible d’embrasser un Pie-Pie-Van-Van. Nous risquerions, que sais-je ? Une infection des dents, un malaise, plus encore : une odeur de vomie qui ne partirait jamais.

Bref notre chasseur de monstres sait qu’il peut réaliser un beau travail. Il voit déjà le rendu dans sa tête. Indispensable : ne pas oublier de voler sa boucle d’oreille au Pie-Pie-Van-Van, cet anneau qu’il aime accrocher à son pavillon. C’est au nombre d’anneau capturé que l’on voit le courage d’un chasseur de monstres comme c’est au pied du mur que l’on voit le maçon.

La suite vous vous en doutez…Le forgeron resta toute la nuit à attendre les soi-disant voleurs. Les Pie-Pie-Van-Van s’en donnèrent à cœur joie et même avec de la joie au cœur ! Notre gaillard prit la fuite si vite que les Pie-Pie-Van-Van n’arrivèrent pas à le rattraper. Ce qui ne les empêcha pas de rendre l’autre partie de la forge hors d’usage, je peux même préciser : la forge entière avait disparue.

Toc, toc. Qui arrive à l’auberge du moulin ? Qui demande le chasseur de monstres ? Qui ne fait plus le malin ? 

Le forgeron est darne (à la limite du malaise). Tout d’un coup le petit bonhomme qu’il a chassé devient Maître chasseur.

Le Forgeron : « Maître chasseur ouvrez moi. Maintenant je vous crois. Je les ai vu. Par pitié aidez-moi. »

La porte s’ouvre. Le chasseur toujours aussi impassible demande des détails.

Le forgeron : « Ils étaient 100 ou peut-être 1000 ! Ils ont tout cassé. Ils sentaient si mauvais, je n’avais jamais senti une telle puanteur. J’ai eu la peur de toutes mes vies. J’ai vu ma mort. »

Le chasseur : « Mon tarif reste le même : 4 écus et je vous débarrasse at vit aeternam des Pie-Pie-Van-Van . »

C’est toujours impressionnant comme les personnes  retrouvent leur sang-froid lorsqu’il s’agit d’argent.

Le forgeron : « Pas question ! Je te donnerai 2 écus et pas un trognon de pain en plus »

Le chasseur : « Savez-vous Monsieur le forgeron que les Pie-Pie-Van-Van attrapent leur proie pour les noyer et danser sur leur cadavre ? »

Le forgeron : « 2 écus et n’essaie pas de marchander comme un colporteur de tapis »

Le chasseur a de l’amour propre. Avoir reçu une si longue initiation et s’entendre comparer à un colporteur de tapis. C’en était trop…mais les temps sont durs.

Le chasseur : « Dans 2 jours, au petit matin j’aurai chassé les Pie-Pie-Van-Van, le tout pour 2 malheureux écus ! »

Texte de Nathalie Leblanc

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